Nollevaux

Menuchenet de Plainevaux : aperçu historique

Cette propriété communale de Paliseul est située sur le territoire de la commune de Bouillon, section de Bellevaux. Il s'agit d'une antique forêt qui faisait partie de l'arduina sylva citée par Jules César. À l'époque carolingienne, elle fait partie d'une des "sept forests d'Ardenne". appartenant à la famille des Comtes d'Ardenne, ancêtres de Godefroid de Bouillon, dont le palis est à Paliseul (Palatiolus = petit palias) et dont la forteresse de repli se situe, jusqu'aux invasions normandes, dans le versant Ouest du Menuchenet, au Château-le-Duc, avant que ne soit érigé, au IX siècle, le château-fort de Bouillon.

Outre le massif du Menuchenet, nous retrouvons, sur Paliseul, appartenant à l'ancienne forêt ducale, le Defoy de Carlsbourg, Neufville (Neuvy) de Fays-les-Veneurs et Montlebourg de Paliseul.

Sur Bouillon, ce sont le Jumais de Mogimont, les Hasses de Curfoz et Herbuchetour (La Bichetour) de Sensenruth. C'est en 1573 que fut signé le traité de partage des forêts du Sedannais et du Bouillonais, traité qui marque le début des propriétés communales.

Depuis le loi de Beaumont (1182) qui obligeait les habitants de se faire délivrer les arbres portant fruits, tels que les chênes, la forêt est un terrain de luttes incessantes entre le Prince-Evêque de Liège et les bourgeois et manants du duché: les droits d'usage font l'objet, périodiquement, d'ordonnances du duc sur les bois et forêts.

En 1539, le duc de Bouillon organise le panage en admettant 500 pourceaux dans les bois. À cette époque, la loi de Beaumont ne paraît guère appliquée car les manants peuvent couper, moyennant un simple avertissement, les chênes qu'ils estiment nécessaires pour satisfaire leur commerce prospère avec la France.

Le 14 juin 1625, l'ordonnance du duc concernant les bois, la pêche et les sartages, constatant la réduction du bois d'oeuvre, prononce l'interdiction d'abattre des chênes et des hêtres pour faire des lattes destinées à couvrir les bâtiments anciens ou nouveaux. Dorénavant, on se servira de l'ardoise, industrie qui va se développer dans toute la veine de phyllades du Siegenien (actuel praguien) depuis la Meuse, à Fumay, jusqu'à la Semois (Alle - Rochehaut - les ruisseaux d'Aise et des Alleines), ainsi qu'à Warmifontaine et Martelange.

L'affouage et essartage ont considérablement appauvri la forêt du Menuchenet, mais c'est en vain qu'en 1768, le duc de Bouillon tenta d'interdire l'essartage à feu courant. Une autre source importante d'appauvrissement fut la présence de minières au Menuchenet, ce qui nécesssitait d'énormes quantités de charbon de bois pour faire le minerai de fer destiné aux maîtres de forges.

Les landes de bruyère succéderont au XIXème siècle à cette surexploitation du Menuchenet. Au-delà de 400 mètres d'altitude, la régénération du taillis se fait mal, et malgré la mise en defens du taillis et l'interdiction de faire paître les ovins et les chèvres, le pâturage qui suit, après 10 ans, la récolte de seigle, d'avoine, de fougères et de genêts, contribue à la formation de terrains incultes.

Lors de la Révolution française, Plainevaux est une section de Fays-les-Veneurs appartenant au département des forêts, canton de Paliseul. Le Menuchenet était alors aménagé en taillis sous futaie avec réserves claires des chênes, hêtres, charmes et bois blancs, exploités à la rotation de 25 ans.

Sous l'Empire, l'arrêté du 9 pluviose an IX intègre la forêt du Menuchenet à la vingt-deuxième conservation de l'administration forestière française dont la résidence est à Metz. La promulgation du Code forestier du 19 décembre 1854, qui est en fait la première loi de conservation de la nature, mettra fin définitivement au gaspillage des ressources forestières, en éliminant de la forêt les habitants qui en vivaient.

C'est grâce à la loi favorisant le boisement des terres incultes que Menuchenet sera entièrement planté en hêtres. ce massif constitue la dernière hêtraie de plateau de l'Ardenne occidentale avant d'atteindre la vallée de la Semois où règne le chênaie à charmes.

Quelques chênes se sont intégrés dans la futaie, donnant ça et là quelques taches de lumière éclairant le couvert sombre de la hêtraie. Malheureusement, le peuplement nouveau a connu quatre vicissitudes :

1. Certaines parties de sol, trop dégradées par les traitements antérieurs, étaient inaptes à produire du hêtre qui s'est vu remplacé par l'épicéa.

2. La réalisation du tram vicinal sur la frange nord-ouest du massif a entraîné sur toute la périphérie des incendies provoqués par le rejet d'escarbilles incandescantes qui trouvaient dans ces terres à bruyères un combustible de choix lors des périodes de sécheresse. Là aussi épicéas et douglas ont remplacé le hêtre.

3. La nécessité de donner du bois de chauffage aux habitants a conditionné le traitement de la jeune hêtraie jusqu'après la guerre 40-45 : l'éclaircie par le bas, à la rotation de 8 ans, a fortement relevé le couvert, élimé les cimes des arbres d'avenir et compromis les chances de régénération naturelle. Le passage à l'éclaircie par le haut, sous l'influence de l'inspecteur Joseph Poncelet, à partir de 1950, a entraîné une généralisation de la couverture de canche et de myrtille. Quelques accidents météorologiques subséquents (neige, tornades, givre) ont l'inclusion de cellules d'épicéas, de douglas et d'Abies alba.

4. La forêt de Menuchenet a payé un lourd tribu aux voiries d'Etat. À l'origine, la route de Dinant passait par Vivy avant d'aboutir à Bouillon. Le nouvel embranchement fut créé sous Léopold II, permettant ainsi à la famille royale du Comte de Flandre de relier plus rapidement le domaine de Ciergnon à celui des Amerois. Passage obligé d'un trafic important, la hêtraie céda peu à peu du terrain pour la construction d'un relais de diligences qui deviendra l'Hôtel de Menuchenet, puis deux garages, un café et une maison privée viendront à leur tour rogner un coin de la forêt.

En 1968, la modernisation du carrefour et la mise à quatre voies de la route de Bouillon vont encore manger trois hectares de futaie. Trois ans plus tard, en 1971, la création du contournement de Menuchenet par le sud-est, va défricher sept hectares en épargnant, grâce au tracé choisi, la hêtraie centenaire de Plainevaux. 

Peu à peu, le traitement de la hêtraie en futaie jardinée, avec reboisement artificiel en hêtres de groupes résineux inclus dans la futaie et arrivés à maturité, a permis le restauration de la fertilité du sol avec comme conséquences l'arrivée d'une régénération naturelle progressive, promise à un bel avenir, et garante d'excellents revenus dans le futur, du moins si la conjoncture économique actuelle reste favorable au hêtre.

Jean-Etienne Hallet 

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